Circulaire du 8 mars 2000 relative à l'accès au logement des femmes en grande difficulté
Paris, le 8 mars 2000.
La secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle et le
secrétaire d'Etat au logement à Madame et Messieurs les préfets de région (directions
régionales de l'équipement), Mesdames et Messieurs les préfets de département
(directions départementales de l'équipement)
Un grand nombre de femmes sont aujourd'hui en situation de détresse et se trouvent dans
l'impossibilité de faire reconnaître leurs droits en matière d'emploi, de logement ou
de santé.
Ces situations ne sont pas toujours identifiées. La faiblesse des ressources de ces
femmes, l'absence de réseau de solidarité familiale et la difficulté à trouver
rapidement des logements adaptés constituent souvent un frein majeur aux désirs des
femmes d'échapper aux violences dont elles sont parfois victimes au sein de leur famille.
Dans le cadre de l'aide sociale, les jeunes femmes ainsi que les femmes seules avec de
jeunes enfants sont souvent prises en charge par la collectivité dans des foyers
maternels ou des centres d'hébergement et de réinsertion sociale.
Cependant de nombreuses situations ne relèvent pas de ces structures et du suivi social
lourd et onéreux pour la collectivité qui les accompagne.
L'objet de cette circulaire est d'attirer votre attention sur ces situations afin que vous
les preniez en compte dans l'ensemble des dispositifs d'accès au logement de droit commun
: plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées, création de
résidences sociales, politique d'attribution des logements sociaux...
Plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées
Les familles
monoparentales sont davantage exposées à la pauvreté et au chômage que les autres
ménages. Dans le cadre de la révision et de la mise en oeuvre du plan départemental
d'action pour le logement des personnes défavorisées qu'il vous revient de piloter avec
le président du conseil général, il vous est demandé de veiller à la prise en compte
des situations de ces femmes cumulant les difficultés d'ordre familial, social et
économique.
De même, il est de première importance que la situation particulière des femmes ou des
jeunes filles victimes de violences, qui ont dû quitter subitement dans des circonstances
souvent dramatiques le domicile commun, soient prises en compte dans l'état des besoins
que vous serez amené à dresser dans le cadre du plan d'action de votre département.
Dans le souci d'identifier avec précision les besoins des femmes victimes de violences et
des familles monoparentales, vous vous appuierez sur les déléguées régionales et les
chargées de mission départementales aux droits des femmes et vous veillerez à les
associer au comité de pilotage chargé de l'élaboration, du suivi et de l'évaluation du
plan départemental d'action pour le logement des personnes défavorisées.
Développement des résidences sociales
Au-delà des réponses
à l'urgence et à défaut d'accéder immédiatement à un logement de droit commun, il
convient de développer des solutions alternatives aux centres d'hébergement et de
réinsertion sociale.
Les résidences sociales, formes de logements meublés, stables, confortables, assurant
sécurité et autonomie, doivent être développées là où existent des besoins. Sans
écarter des opérations destinées prioritairement à l'accueil des femmes en
difficulté, vous privilégierez la création de structures mixtes permettant de répondre
aux besoins des personnes isolées et des familles comme dans n'importe quel immeuble
banalisé.
La localisation de ces résidences devra tenir compte également de l'accès aux crèches
et aux écoles de proximité.
Politique d'attribution des logements sociaux
Le parc de logements
sociaux accueille déjà une proportion importante de familles monoparentales cumulant
faiblesse des ressources et difficultés sociales.
Cette situation peut parfois avoir pour conséquence de susciter de fortes réticences de
la part de certains bailleurs pour accueillir ces familles.
Il n'en demeure pas moins que ces familles ou ces personnes doivent être considérées
comme faisant partie des publics prioritaires pour l'attribution des logements sociaux
(femmes enceintes, chefs de famille monoparentale, jeunes,...).
Il vous appartient à la fois de convaincre les bailleurs de la nécessité d'apporter des
solutions à ces situations et de trouver, lorsque cela apparaît nécessaire, des
mécanismes de sécurisation (FSL, baux glissants, accompagnement social) susceptibles de
les rassurer sur l'occupation paisible du logement et de les garantir financièrement.
Dans ce cadre vous serez particulièrement attentif à la prise en compte des situations
visées par la présente circulaire, pour la détermination des objectifs quantifiés
d'attribution des logements aux personnes défavorisées dans le cadre des accords
collectifs départementaux (art. L. 441-1-2 et R. 441-3 du code de la construction et de
l'habitation).
Au-delà des accords collectifs départementaux conclus avec chaque organisme, vous
veillerez à prendre en compte ces situations spécifiques dans le règlement
départemental d'attribution et à utiliser votre contingent de réservations
préfectorales pour offrir des logements à ces personnes lorsqu'elles seront prioritaires
au sens du règlement départemental ou du code de la construction.
Enfin, vous vous attacherez à faire connaître auprès des travailleurs sociaux, des
associations et des personnes elles-mêmes, l'ensemble des dispositifs mis en place.
La secrétaire d'Etat aux droits des
femmes et à la formation professionnelle, Nicole Péry
Le secrétaire d'Etat au logement, Louis Besson