Lutte
contre l'habitat indigne
CIRCULAIRE N° 2002-30/UHC/IUH4/ DU 18 AVRIL 2002
Le
Ministre de l'Intérieur, Le Ministre délégué à la santé, La Secrétaire d'Etat
au Logement à Madame et Messieurs les Préfets de Région, Mesdames et Messieurs
les Directeurs Régionaux des Affaires Sanitaires et Sociales, Mesdames et
Messieurs les directeurs régionaux de l'Equipement, Mesdames et Messieurs les
Préfets de Département, Mesdames et Messieurs les Directeurs Départementaux
des Affaires Sanitaires et Sociales, Mesdames et Messieurs les directeurs
départementaux de l'Equipement
Textes sources :
- Loi relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998.
- Loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains du 13 décembre
2000.
De trop nombreuses personnes et familles, souvent parmi les plus défavorisées,
vivent dans des logements, ou locaux d'hébergement, insalubres, exposant à un
risque d'intoxication par le plomb ou en situation de péril, voire précaires.
L'ampleur du phénomène, bien qu'encore inégalement connue est manifestement
plus importante que ce qu'une appréhension rapide de l'amélioration du parc
existant peut laisser penser ; plus gravement, ce phénomène lié au manque
d'entretien du bâti, à l'extrême pauvreté ou à la vulnérabilité de certaines
personnes, parfois soumises à une véritable exploitation humaine, risque de
s'aggraver, si l'on n'exerce pas de vigilance.
A l'aube du XXIo siècle, dans une société qui s'est enrichie, ces conditions
d'habitat, contraires à la dignité humaine, sont inacceptables.
L'éradication de cet habitat indigne constitue donc une priorité absolue de
l'action du Gouvernement, compte tenu des enjeux fondamentaux qu'elle recouvre
en matière de santé publique et de lutte contre les exclusions par le
logement. Elle doit être expressément prévue dans les politiques locales de
l'habitat et les actions de renouvellement urbain, ou d'amélioration de
l'habitat, et être explicitement prise en compte dans les différentes formes
d'action contractuelle ou de programmation entre les collectivités
territoriales et l'Etat.
A l'initiative de la France, le sommet européen de Nice (décembre 2000) a
prévu que chaque Etat membre élabore un plan national d'action pour
l'inclusion (PNAI). Le plan français comporte un volet significatif de mesures
en faveur de l'éradication de l'habitat indigne.
D'ores et déjà pour préparer la mise en place de ce plan, un programme
d'action prioritaire sur les territoires des onze départements parmi les plus
concernés a été annoncé et présenté au Conseil des ministres. Ces départements
sont les Bouches-du-Rhône, le Gard, l'Hérault, le Var, le Rhône, le Nord, le
Pas-de-Calais, les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et
Paris.
Ce programme n'est pas limité à ces onze départements et le Gouvernement
proposera au premier semestre 2002 un plan pluriannuel sur cinq ans
d'éradication de l'habitat indigne pour tout le territoire national.
Pour atteindre cet objectif, l'action publique peut désormais s'appuyer sur un
cadre législatif profondément rénové et complété, ainsi que sur des mesures
financières revalorisées, constitués par :
- la loi relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998, dans
ses mesures d'urgence contre le saturnisme ;
- la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains du 13 décembre
2000, dans ses dispositifs relatifs à la lutte contre l'insalubrité, le péril
et les locaux d'hébergement dangereux. Elle a, par ailleurs, introduit la
notion de logement décent dans les rapports locatifs et dans les conditions de
versement des aides personnelles au logement ;
- la réforme de l'Agence nationale pour l'amélioration de l'habitat (ANAH) ;
- la revalorisation des financements apportés par l'Etat, tant pour les
actions publiques à mener que pour les travaux de sortie d'insalubrité ou du
péril.
Il vous appartient, dans ce contexte, de coordonner l'action publique dans
votre département, d'organiser le rôle de chacun des services placés sous
votre autorité de la façon la plus efficace, et de mobiliser tous les
partenaires concernés - opérateurs, associatifs ou non, SEM, organismes HLM,
ADIL, observatoires régionaux de la santé... pour contribuer à la mise en
oeuvre de cette priorité.
La lutte contre l'habitat - ou d'autres formes d'hébergement - insalubre
constitue le volet le plus important de votre action. Dans ce domaine, il vous
appartient de rappeler, le cas échéant, aux maires concernés le rôle
spécifique des services communaux d'hygiène et de santé ((SCHS), qui, en
application du 3° alinéa de l'article L.1422-1 du code de la santé publique,
exercent sur le territoire concerné, la compétence en matière d'insalubrité,
au nom de l'Etat.
A - Les axes d'action
La volonté du Gouvernement d'éradiquer l'habitat indigne en France, sur cinq
ans, nécessite que tous les départements se mobilisent dès à présent et
engagent sans attendre les actions suivantes :
1 - Repérer les situations d'habitat indigne et qualifier le phénomène :
Le repérage et le diagnostic des phénomènes d'insalubrité, d'insécurité, de
précarité dans l'habitat sont des préalables à la définition de vos priorités
d'action et à la négociation avec les collectivités territoriales concernées.
Aussi, la mise en place d'une approche méthodologique adaptée au contexte de
votre département s'impose.
A cette fin, l'exploitation des indicateurs et dispositifs existants,
notamment dans le cadre de la lutte contre les exclusions, doit permettre à
vos services et aux SCHS de repérer les zones, ou cas, de logements indignes
et, notamment d'identifier et de qualifier l'insalubrité : recensement des
arrêtés d'insalubrité existants, des plaintes, des signalements des cas de
saturnisme infantile et de risque d'accessibilité au plomb, analyse des motifs
des demandes prioritaires de logement ou de relogement (numéro unique),
exploitation des fichiers du Fond de solidarité pour le logement (FSL)...
Dans les 11 départements pilotes, vous vous appuierez également sur les
éléments de l'étude commandée par la DGHUC et réalisée par le bureau d'étude
SQUARE, dont l'objet était, à partir d'indicateurs d'origine fiscale croisés
avec les tranches de bas revenus, d'identifier des territoires susceptibles de
receler un habitat indigne et donc d'orienter, sur ceux-ci, des enquêtes plus
précises. La méthodologie issue de ce travail pourra être utilement exploitée
par les autres départements.
Le repérage de ces habitats indignes, notamment insalubres, peut être complété
par tous travaux d'études : évaluations et bilans d'OPAH, exploitation
d'études pré-opérationnelles, de suivi-animation ou de MOUS déjà engagées,
études de PLH...
La création d'un observatoire de l'habitat existant, intégrant l'insalubrité,
le péril, le risque d'accessibilité au plomb, les garnis et meublés, les
copropriétés extrêmement vétustes, l'habitat précaire, pourrait, de surcroît,
vous permettre de capitaliser une connaissance fiable et vivante des
situations d'habitat indigne dans votre département ; vous disposeriez, ainsi,
d'éléments vous permettant de prévenir le développement de situations
d'habitat indigne, toujours liées à une absence d'entretien du bâti, issu ou
facteur de dévalorisation, conjuguée avec des situations d'occupation par des
personnes défavorisées.
2 - Cibler les programmes d'action sur les situations d'habitat indigne et
mettre en oeuvre les dispositifs de la loi relative à la solidarité et au
renouvellement urbains (SRU) :
En première urgence, sur les territoires de votre département notoirement
touchés par l'habitat insalubre, vous vous attacherez à mettre en oeuvre
effectivement les dispositifs de la loi SRU, qui sont d'application immédiate.
Cette loi renforce considérablement les possibilités de l'action publique dans
le domaine de la lutte contre l'insalubrité et le péril, par des mesures
coercitives et des mesures incitatives.
Les principales novations de la loi SRU visent à assurer l'efficacité et la
sécurité des procédures, tant en insalubrité qu'en péril, à faciliter les
travaux par le propriétaire ou, en cas de carence, par la collectivité locale
ou l'Etat, à conforter la protection du locataire ou de l'occupant de bonne
foi, et à responsabiliser le propriétaire par une mise à sa charge du coût du
relogement éventuel en sus de celui des travaux. La loi a renforcé et unifié
les sanctions pénales à l'encontre des propriétaires de mauvaise foi, tant en
cas de péril qu'en cas d'insalubrité. Ces mesures sont applicables à toutes
les formes d'hébergement et à leurs exploitants.
Par ces dispositions, très rigoureuses, la loi a des effets fortement
dissuasifs : l'objectif est d'engager les propriétaires à réaliser les travaux
indispensables à l'amélioration des conditions de vie de leurs occupants et au
respect de leur dignité ; les mesures financières adoptées, notamment, par
l'ANAH répondent à cette nécessité.
Dans le domaine de l'insalubrité, la loi SRU a fusionné les anciennes
procédures relatives au traitement des immeubles et des îlots (anciennement
L.26 et L.36 du code de la santé publique) ; elle a créé pour l'Etat
l'obligation d'instruire les dossiers présentés par les maires ou les
présidents des établissements publics de coopération intercommunale
compétents. Cette obligation d'instruction s'étend également aux plaintes de
tout locataire ou occupant concerné et relève, dans les communes dotées d'un
SCHS, de la responsabilité de celui-ci. Il convient de considérer que le rôle
des communes, qu'elles disposent ou non d'un SCHS, demeure, dans tous les cas,
très important : l'assistance des maires ou de leurs représentants dans
l'instruction des plaintes constitue un maillon essentiel du dispositif, tant
au niveau de la gestion de l'information disponible localement, que de
l'assistance dans la recherche et la mise en oeuvre de solutions concrètes.
Concernant l'exécution de l'arrêté d'insalubrité, le nouveau dispositif
prévoit le renforcement des processus de travaux d'office et des garanties
accrues de récupération des créances sur le propriétaire défaillant, par
l'inscription d'une hypothèque légale sur l'immeuble concerné : ceci crée les
conditions d'une généralisation des travaux d'office, facilitée également par
des financements expressément prévus à ce titre. Enfin, des mécanismes
nouveaux sont proposés aux propriétaires, intéressant surtout les occupants
modestes, pour leur permettre de rester dans les lieux tout en bénéficiant des
travaux de sortie d'insalubrité.
La protection des occupants est assurée par la suspension du paiement du loyer
(avec pour corollaire celle du versement des aides personnelles) dès le
premier jour du mois suivant la notification de l'arrêté d'insalubrité.
L'obligation d'hébergement ou de relogement des locataires et occupants repose
sur le propriétaire ; en cas de carence de celui-ci, l'hébergement ou le
relogement est effectué par la collectivité publique, à la charge du
propriétaire.
Les dispositifs juridiques concernant les arrêtés de péril pris sur les
immeubles menaçant ruine à usage d'habitation, ont été alignés sur ceux de
l'insalubrité en ce qui concerne, en particulier, le droit des occupants, le
relogement et les sanctions pénales.
Sur le plan financier, la réforme de l'ANAH permet de mieux financer les
interventions dans le domaine de la santé publique, relevant de l'insalubrité
ou de la lutte contre l'exposition au plomb, ainsi que les interventions sur
les immeubles menaçant ruine, jusque là exclues du bénéfice des subventions
(Cf. annexe).
3 - Mobiliser les outils contractuels et structurer les partenariats :
La réalisation des programmes d'action contre l'habitat indigne implique qu'un
volet consacré au traitement de l'insalubrité (ainsi que des autres formes
d'habitat indigne) soit systématiquement intégré dans tous les dispositifs
contractuels, opérations ou actions d'aménagement, tels que les plans
départementaux d'action pour le logement des personnes défavorisées (PDALPD)
et les FSL, les programmes locaux de l'habitat (PLH) les opération programmée
d'amélioration de l'habitat (OPAH), les périmetres de restauration immobiliere
(PRI) ....
Le traitement de l'insalubrité, voire du saturnisme, dans tous ces mécanismes,
nécessite un travail de prise en compte, en amont, des questions d'hébergement
et de relogement. Ainsi, dans le cadre global du PDALPD, vous attacherez la
plus grande importance à l'identification des besoins, à titre provisoire ou
définitif, des personnes vivant dans des conditions avérées d'insalubrité.
Ceci implique notamment de procéder à l'évaluation précise du nombre de
logements nécessaires pour satisfaire aux besoins d'hébergement et de
relogement. Cette évaluation doit également prendre en compte les critères de
localisation afférents aux besoins recensés.
La même préoccupation doit être présente dans tous les outils opérationnels et
vous y veillerez particulièrement.
Tous les mécanismes doivent être explorés et ressources mises à contribution -
mobilisation du contingent préfectoral, accords collectifs, travail sur la
vacance, baux à réhabilitation ou emphytéotiques, logements-tiroirs à
organiser dans les opérations d'aménagement, (opérations de restauration
immobiliere ou de résorption de l'habitat insalubre, par exemple).
Vous inviterez les organismes d'HLM de votre département à pleinement
collaborer à cette action, ainsi que les collecteurs du 1 %.
L'efficacité de la politique départementale de lutte contre l'habitat
insalubre suppose nécessairement l'établissement de partenariats forts avec
l'ensemble des acteurs locaux. Parmi ceux-ci figurent au premier rang les
collectivités territoriales concernées (communes, établissements publics de
coopération intercommunale, départements...). Vous vous attacherez, notamment,
à solliciter les communes dotées d'un service communal d'hygiène et de santé
exerçant une mission de lutte contre l'insalubrité au nom de l'Etat, et
percevant, à ce titre, une dotation globale de décentralisation (DGD) ; ces
villes, grâce, à ce service, disposent de moyens de repérage et de diagnostic
de l'insalubrité, leur permettant de définir une politique.
Bien d'autres acteurs locaux doivent être mobilisés, tels que les caisses
d'allocations familiales, de mutualité sociale agricole, les observatoires
régionaux de santé, les agences départementales d'information sur le logement
(ADIL) ainsi que les travailleurs sociaux et les professionnels de santé,
amenés à connaître les conditions de vie des familles.
De même, vous pourriez utilement mobiliser ces différents partenaires en
organisant une réunion spécifique de la commission de l'action sociale
d'urgence (CASU) qui outre les services de l'Etat compétents, des
représentants du conseil général, des communes, des organismes de protection
sociale, des associations,... peut associer également des partenaires plus
particulièrement concernés par la problématique logement. Enfin, l'implication
d'opérateurs dans cette mission est essentielle et il vous appartient de
mobiliser les milieux professionnels intervenant dans l'aménagement ou
l'habitat, tels que les organismes d'HLM, les SEM, les organismes intervenant
dans l'habitat existant, parmi lesquels les Pact Arim et les CDHR, ainsi que
l'ensemble des professionnels compétents. Les mécanismes opérationnels prévus
par la loi «SRU» pour faciliter les travaux - travaux d'office, baux à
réhabilitation ou emphytéotiques - impliquent, en effet, l'intervention
d'opérateurs efficaces.
Pour mieux structurer ces partenariats et mettre en place un dispositif
efficace de lutte contre l'habitat indigne, vous vous attacherez à
contractualiser avec les communes ou agglomérations les plus concernées,
(parmi lesquelles les communes dotées d'un SCHS) sur un programme d'action
pluriannuel et révisable, faisant apparaître clairement les engagements précis
et quantifiés de chaque partenaire, et répondant à des objectifs quantitatifs
et qualitatifs. Ces protocoles d'accord s'appuieront sur un diagnostic ayant
fait apparaître les formes et les localisations de l'habitat indigne - diffus,
zones périphériques ou quartiers anciens, copropriétés... - justifiant un
traitement différencié. Ces protocoles associeront utilement les différents
partenaires cités ci-dessus, sans l'intervention desquels les objectifs ne
pourront être atteints.
L'efficacité des programmes de lutte contre l'habitat indigne implique que des
dispositifs de veille, des observatoires, relatifs, par exemple, au
relogement, à l'entretien des bâtiments réhabilités, aux difficultés sociales,
soient mis en place pour assurer un suivi, selon des modalités qu'il vous
appartient de susciter ou de mettre en place, au plan local.
4 - Renforcer les modes de travail en commun des services de l'Etat sous votre
autorité :
La lutte contre l'habitat indigne couvre un large champ de responsabilités
liant, notamment, les compétences de la DDASS et de la DDE avec celles des
directions de la préfecture. Dès lors, afin de garantir la plus grande
efficacité des actions de l'Etat et mutualiser les compétences dans ce
domaine, il vous appartient de mettre en place les méthodes de travail
adéquates entre les différents services de l'Etat concernés, dont une des
formules opportunes pourrait être la constitution d'un pôle de compétence
traitant de la lutte contre l'habitat indigne. Dans certaines situations
spécifiques, la conservation des hypothèques ainsi que les services
gestionnaires d'espaces protégés (service départemental de l'architecture et
du patrimoine, directions régionales des affaires culturelles, directions
régionales de l'environnement), devront également être mobilisés pour garantir
l'unité des actions de l'Etat et accroître sa capacité d'expertise. Les
dispositions nouvelles instaurées par la loi SRU impliquent une intervention
active des services de préfecture directement placés sous votre autorité et
nécessitent, également, d'associer la conservation des hypothèques au travail
à réaliser.
Pour les situations départementales correspondant à un volume d'activité
particulièrement important, et notamment celles répertoriées dans le cadre du
programme d'action prioritaire, vous apprécierez la nécessité de créer une
structure de collaboration entre les services dont la nature sera adaptée aux
besoins rencontrés.
B - Les moyens spécifiques, opérationnels et financiers mis à votre
disposition
1 - Un groupe d'appui interministériel et un pôle d'expertise national à
caractère interministériel de lutte contre l'habitat indigne :
Le groupe d'appui interministériel, placé directement auprès des ministres
concernés, assure le pilotage politique du programme d'action prioritaire
ainsi que l'élaboration du plan quinquennal. Il est composé des représentants
des ministères chargés du Logement et de la Santé, auxquels sont associés des
représentants de l'ANAH, de la Caisse des Dépôts et Consignations et
d'opérateurs parmi lesquels la Fédération Nationale des Pact Arim.
Un pôle d'expertise national, à caractère interministériel, de lutte contre
l'habitat indigne est constitué sous l'égide commune du ministère de la Santé
et du secrétariat d'Etat au Logement. La vocation de ce pôle est de constituer
et pérenniser, au sein de l'Etat, une capacité d'expertise, de suivi et
d'évaluation des politiques de lutte contre l'habitat indigne sur l'ensemble
du territoire ; il apportera un appui permanent aux services de l'Etat, en
premier lieu dans les onze départements pilotes et, en tant que de besoin, sur
l'ensemble du territoire national, à caractère technique et juridique,
notamment pour faciliter la mise en oeuvre effective des nouvelles
dispositions de la loi «SRU», ainsi qu'aux collectivités locales et aux
opérateurs. Parmi ses missions prioritaires figurent la formation, l'animation
des réseaux locaux et la capitalisation des expériences. Ce pôle d'expertise
national sera votre interlocuteur privilégié. Il sera animé par Mme Nancy
Bouché, inspectrice générale de l'équipement.
2 - Des aides financières complétées et revalorisées (voir annexe financière)
:
Pour permettre le traitement de l'habitat indigne, l'Etat a redéfini les
modalités de ses aides et les a fortement revalorisées.
Ainsi, des crédits d'études pourront permettre de financer le repérage des
situations d'insalubrité ; celui-ci est préalable à l'enquête d'insalubrité,
laquelle ne peut être finalisée que par les agents assermentés des DDASS et
des SCHS. Vous veillerez tout particulièrement à ce que les processus de
décision amenant à engager les dépenses aient impliqué les principaux services
et acteurs concernés.
D"autre part, les dispositifs de suivi-animation qui auront en charge le
traitement des volets sociaux et opérationnels de la politique de sortie
d'insalubrité pourront être mis en oeuvre, notamment dans le cadre du PDALPD,
sous forme de maîtrise d'oeuvre urbaine et sociale (MOUS).
La mise en place d'équipes spécifiques de maîtrise d'oeuvre urbaine et sociale
(«MOUS insalubrité») est ouverte dans les 11 départements pilotes du programme
d'éradication de l'habitat indigne. Ces MOUS ont pour objet, outre le
repérage, de faciliter le traitement de l'insalubrité en milieu diffus ; elles
comprennent des missions d'aide et d'accompagnement des propriétaires,
occupants ou bailleurs, pour la réalisation des travaux de sortie
d'insalubrité : constitution des dossiers et aide au montage financier,
recherche de solutions opérationnelles pour réaliser les travaux, définition
et suivi de ceux-ci, remise en ordre de copropriétés insalubres, recherche de
solutions d'hébergement ou de relogement, ainsi que le suivi et
l'accompagnement social des occupants. Ces MOUS bénéficient d'un taux majoré
de subvention de l'Etat.
Enfin, les crédits nécessaires seront mis à votre disposition, d'une part pour
vous permettre de réaliser les travaux d'urgence portant sur la sécurité des
personnes dans les immeubles interdits à l'habitation, et, d'autre part, pour
réaliser d'office les travaux prescrits sur les immeubles insalubres, en cas
de carence des propriétaires et des collectivités locales.
Ces conditions de financement de ces divers types d'action sont précisées dans
l'annexe jointe.
Par ailleurs, l'ANAH, telle que réformée par la loi SRU, a clairement
repositionné son action dans le champ des politiques sociales et de santé
publique. Son conseil d'administration a décidé le rapprochement des règles de
financement des aides aux propriétaires occupants et aux propriétaires
bailleurs en matière de sortie d'insalubrité ou de péril, une forte majoration
des taux de subvention et un élargissement des dépenses subventionnables, qui,
au delà des prescriptions de l'arrêté, permettra une mise en état de décence,
au sens de la loi «SRU», des logements locatifs concernés.
En outre, l'ANAH pourra subventionner les communes qui, en substitution des
propriétaires défaillants, effectueront des travaux d'office sur ces
immeubles, afin de faire cesser l'état d'insalubrité ou de péril. La
convention conclue par l'ANAH avec la Caisse des dépôts et consignations
permettra, par la mobilisation des prêts de renouvellement urbain (PRU), le
préfinancement du complément des travaux d'office à la charge des communes.
3 - Des procédures opérationnelles adaptées aux nouvelles situations, pour
l'ensemble du territoire (voir annexe financière) :
La création de «l'OPAH de renouvellement urbain» permettra à l'Etat, aux
collectivités locales et à l'ANAH de s'attaquer de manière coordonnée et
volontariste à l'ensemble des facteurs de dévalorisation d'un tissu existant
présentant des dysfonctionnements urbains et sociaux, dont l'insalubrité ou la
forte dégradation des logements est souvent le révélateur.
Ces nouvelles OPAH de renouvellement urbain, dont la durée est portée à cinq
ans, bénéficieront de financements significativement renforcés pour les
diagnostics, les études préalables et la conduite de projet, ainsi que pour
les travaux engagés par les propriétaires, à condition que les collectivités
contractantes s'engagent à conduire les actions foncières ou immobilières
nécessaires, à utiliser des outils coercitifs de sortie d'insalubrité ou de
péril ou à recourir à la déclaration d'utilité publique. Dans cette
perspective une nouvelle circulaire remplacera la circulaire du No 92-22 du 27
août 1992.
De nouvelles règles d'établissement des bilans des opérations de résorption de
l'habitat insalubre (RHI) permettront, quant à elles, d'intégrer, à coté des
démolitions jusqu'alors seules financées, la réutilisation de bâtiments
expropriés et réhabilités en logements locatifs sociaux. D'autres
améliorations des postes du bilan, telles que la prise en compte de la
conduite du projet, faciliteront la relance de ces opérations appelées à
s'inscrire, notamment, dans les nouvelles OPAH de renouvellement urbain.
La circulaire RHI No 3465/SG du 22 mai 1989 sera adaptée en conséquence.
Une circulaire à caractère juridique et opérationnel explicitera certains
points de procédure relatifs à la lutte contre l'habitat insalubre et contre
les immeubles menaçant ruine, ainsi que les droits des occupants des immeubles
concernés.
La complexité de la procédure et la diversité des situations locales
nourrissent un questionnement aussi abondant que divers. Aussi, la mise en
place d'un «questions/réponses» que vous alimenterez de cas concrets et des
difficultés rencontrées lors de l'application des dispositifs de la loi SRU,
placée sous l'égide du pôle interministériel d'appui à l'éradication de
l'habitat indigne, complétera, notamment sur les aspects opérationnels, la
circulaire juridique.
*
Vous voudrez bien nous faire part des difficultés particulières que vous
pouvez rencontrer dans votre département dans la mise en place d'un programme
d'action de lutte contre l'habitat indigne.
Daniel VAILLANT;Bernard
KOUCHNER;Marie-Noëlle LIENEMANN