Circulaire de l'ANAH n°2001-01
relative à  l'instruction et contrôle des dossiers sensibles

Le Directeur général à Mesdames et Messieurs les délégués départementaux sous-couvert de Messieurs les Directeurs territoriaux

Par une note en date du 1er juillet 1999, je vous ai demandé de me faire connaître la pratique de votre délégation en matière d'instruction et de suivi des dossiers.

Cette démarche était motivée par trois raisons principales :

- le développement préoccupant des contentieux administratifs et du recouvrement des reversements ;

- les subventions de l'ANAH proviennent d'une dotation budgétaire attribuée chaque année par l'Etat, ce qui impose, s'agissant de fonds publics, une utilisation la plus rigoureuse possible ;

- l'attribution de subventions en contrepartie d'engagements significatifs des propriétaires-bailleurs sur une longue durée confère à l'ANAH une vocation sociale qu'il convient de mieux faire respecter.

L'analyse des réponses au questionnaire fait apparaître une grande diversité de pratiques. La notion de «dossiers sensibles» devant faire l'objet d'un traitement spécifique, ne semble pas avoir été jusqu'à présent une priorité des délégations.

A l'exception des OIR, les dossiers, quel que soit le montant des subventions allouées, sont dans la plupart des départements instruits et suivis de la même manière.

Par ailleurs, dans la très grande majorité des départements, lorsqu'une pratique différenciée existe, portant la plupart du temps sur les dossiers de logements conventionnés, elle n'a pas fait l'objet d'une formalisation, ni été soumise à la CAH, ni à plus forte raison évaluée.

L'analyse des questionnaires fait par ailleurs ressortir une demande importante de formation et d'assistance aux délégations, notamment pour ce qui est de la gestion des dossiers de SCI.

A ce titre, des fiches techniques comportant des rappels juridiques et une aide méthodologique, jointes en annexes, seront régulièrement enrichies et complétées afin de vous permettre de mener à bien l'identification et le traitement de ces dossiers.

Par ailleurs, un effort important de formation sera nécessaire. Il sera pris en compte par le plan de formation 2000.

Un groupe de travail, réuni les 12 octobre et 2 décembre 1999, ainsi que le Comité de Direction lors de ses réunions des 15 décembre 1999 et 12 janvier dernier, ont examiné les suites à donner à la démarche.

La charge importante de travail des délégations ne saurait en aucun cas exclure a priori le principe d'une instruction et d'un suivi approfondi des dossiers qui font, ou ont fait l'objet, de l'attribution de subventions.

Les observations de la Cour des Comptes, qui a procédé à un examen de la situation de l'ANAH, ne peuvent que renforcer cette remarque et la circulaire de programmation pour 2000, approuvée par le Conseil d'administration du 16 décembre 1999, traite en son paragraphe C-2 des dossiers sensibles.

La présente circulaire d'application ne vise pas à imposer aux délégations une charge de travail supplémentaire mais à souhaiter un travail mieux ciblé, afin de prévenir les problèmes ultérieurs par une instruction approfondie, et de contrôles pas nécessairement plus nombreux mais ne portant que sur les dossiers l'exigeant.

Les délégations départementales bénéficieront de formations et de l'appui du réseau, de la Direction Administrative et de l'Agence Comptable pour l'instruction de ces dossiers qui restent en nombre relativement restreint.

Compte tenu des difficultés exprimées par les délégations et de la diversité de la situation de chaque département, il appartient aux délégations d'élaborer, sur la base des présentes recommandations et de fiches annexes, et de soumettre à l'approbation des CAH, une politique d'instruction et de contrôle aboutissant à des chartes qui devront, avant le 30 juin 2000, être adressées à la Direction administrative de l'ANAH sous couvert du directeur territorial.

Les délégations auront la responsabilité de conduire cette politique et d'en rendre compte par un bilan annuel présenté aux CAH et au Directeur général de l'Agence.

I - Déterminer une politique qualitative et quantitative de suivi

La circulaire no 98-01 du 2 avril 1998, relative au contrôle de la réalité des travaux, vous a déjà apporté un certain nombre de précisions relatives à la vigilance à exercer dès l'instruction du dossier de demande ainsi qu'au moment de la demande de paiement (acompte et solde) où les factures présentées doivent alors faire l'objet de vérification.

A) Identification des dossiers sensibles

Il appartient à chaque délégation de proposer aux CAH les critères d'identification des dossiers.

En tout état de cause, doivent figurer parmi ceux-ci :

- l'importance du projet et le montant des travaux concernés,

- la personnalité juridique des demandeurs.

Le croisement de ces critères devra aboutir à l'identification d'au moins 10 % des dossiers traités annuellement.

1) L'importance du projet (montant des travaux concernés)

Le critère est essentiel pour la détermination des dossiers sensibles. Un projet important qui conduit à l'attribution d'un montant de subvention significatif nécessite une attention particulière. Compte tenu de la diversité des situations locales, il n'est pas apparu souhaitable de fixer un seuil national, il appartient donc à chaque CAH de fixer ce seuil de travaux.

2) La personnalité juridique des demandeurs

En matière de contentieux, qu'il soit administratif ou de recouvrement, les dossiers les plus délicats à traiter sont les dossiers où le propriétaire a une personnalité juridique complexe, qu'il s'agisse d'une société, principalement une SCI, ou de cas de démembrement du droit de propriété (usufruit, nu-propriété), voire de régime matrimonial, dès lors qu'un certain nombre de précautions n'ont pas été prises au moment de l'engagement.

Pour l'ensemble de ces dossiers une vigilance accrue s'impose. Les précautions à prendre sont précisées dans les fiches pratiques jointes à ce cahier des recommandations auxquelles il convient de se reporter. Il importe que les CAH soient sensibilisées à ces questions et adoptent les mesures appropriées.

Dès lors qu'un dossier sensible aura été identifié, l'instructeur devra en aviser son délégué départemental et faire preuve d'une vigilance accrue pour l'instruction de ce dossier et son suivi, et ce si nécessaire, en liaison avec le réseau territorial.

B) Mesures particulières d'instruction et de contrôle

Les dossiers identifiés comme sensibles en fonction des critères arrêtés par les CAH doivent faire l'objet de mesures particulières d'instruction et de contrôle portant sur :

- les engagements souscrits par les propriétaires

- l'appréciation de la faisabilité de l'opération

- la réalisation des travaux

- le respect des engagements de location.

1) Les engagements souscrits par les propriétaires

Si ce contrôle doit être exercé sur l'ensemble des dossiers instruits par les délégations, il doit être renforcé pour les dossiers identifiés comme sensibles et donc susceptibles de donner lieu à des contentieux ultérieurs.

Pour l'exercer, les délégations doivent s'assurer de la qualité à agir des demandeurs (propriétaires ou titulaires d'un droit réel, s'il s'agit d'une société, durée de vie et objet social) et de leur capacité à agir.

Il est préférable pour ces dossiers de s'entourer de précautions susceptibles de s'avérer superflues en faisant par exemple signer les engagements par les deux époux quel que soit le régime matrimonial, plutôt que de courir le risque de voir contester les engagements souscrits par l'un d'entre eux, en cas de divorce par exemple. Je vous rappelle que cette double signature s'impose quel que soit le dossier et son montant dès lors que les époux sont mariés sous le régime de la séparation de biens et que l'immeuble appartient aux 2 époux.

Il s'agit là de pratiques tout à fait courantes, notamment pour l'obtention de prêts bancaires, auxquelles les délégations doivent impérativement s'astreindre.

2) La faisabilité de l'opération

Un plan de financement devra être exigé pour tous les dossiers sensibles couvrant l'ensemble de l'opération, y compris l'éventuelle acquisition et les travaux non subventionnables.

Pour tous les dossiers sensibles, les demandeurs de subvention devront fournir une attestation de la banque certifiant son accord de principe pour l'octroi d'un prêt.

En cas de doute sur les documents produits, vous pourrez prendre, si nécessaire, l'attache de l'établissement bancaire si celui-ci est situé dans votre département.

Les délégations devront en outre s'assurer de l'équilibre de l'opération en vérifiant que les loyers prévisionnels permettront aux propriétaires de s'acquitter de leurs mensualités de remboursement des prêts.

Si l'obtention de renseignements d'ordre fiscal n'est pas possible à obtenir, les délégations pourront néanmoins se rapprocher des représentants des Trésoreries Générales, membres des CAH ou des représentants des services fiscaux afin de savoir si les demandeurs de subvention, propriétaires, membres ou gérants de SCI sont connus de ces services afin de compléter tous renseignements qu'ils pourraient obtenir par ailleurs.

Dans les cas où l'équilibre de l'opération apparaîtrait comme extrêmement précaire, un refus de subvention pourra être prononcé sur la base de l'insuffisance d'intérêt économique et social, plus particulièrement sur le risque économique que présente l'opération. Cette solution devra rester exceptionnelle et être réservée aux cas les plus douteux après consultation du réseau, les délégations devront dans les autres cas, en fonction des données qu'elles auront recueillies, mettre en oeuvre une gamme de mesures de précautions.

3) La réalisation des travaux

Il s'agit de s'assurer du bon déroulement des travaux et de ne verser d'acomptes que correspondant à des travaux subventionnés effectivement réalisés.

En fonction des critères définis par les CAH, il appartient aux délégations de déterminer :

- une politique de visite systématique donnant lieu à compte rendu écrit, daté et signé,

- le versement d'acomptes au vu des seules factures (éventuellement acquittées) et après visite,

- le versement du solde après visite et après avoir éventuellement consulté les entreprises censées avoir travaillé sur le chantier.

Dans les cas où des doutes subsisteraient, vous avez la possibilité de ne pas verser d'acomptes.

Par ailleurs, vous éviterez de proposer à la CAH des prorogations qui ne seraient pas justifiées par une date proche et certaine d'achèvement des travaux.

Cette politique d'instruction et de contrôle devra être soumise à la CAH et validée par celle-ci.

4) Le respect des engagements de location

Le meilleur moyen de s'assurer du respect des engagements de location consiste, dans les cas où les doutes sont les plus importants, à exiger une garantie hypothécaire d'un immeuble.

Cette garantie passe par la mise en place d'une hypothèque conventionnelle qui nécessite l'accord du propriétaire. Le refus de ce dernier de mettre en place une telle garantie ne saurait cependant à lui seul fonder un refus d'accorder une subvention mais justifiera une surveillance accrue des conditions de réalisation de l'opération et de non versement d'acomptes.

Au-delà de cette disposition, qui ne doit porter que sur un nombre restreint de cas, les délégations devront adopter une politique de contrôle systématique des engagements de location sur les dossiers sensibles, par envoi de courriers à l'occasion du renouvellement des baux et contrôle sur place de l'occupation des logements.

Ce contrôle systématique pour les dossiers sensibles n'est nullement exclusif de la mise en place d'une politique de contrôle des engagements de location, portant sur l'ensemble des dossiers en fonction de vos moyens, qu'il vous appartient de déterminer, de faire valider par la CAH à l'occasion de l'adoption de la charte de l'instruction et du contrôle.

Dans le cas des dossiers conventionnés, une collaboration étroite avec les services de l'Etat chargés du conventionnement, et les CAF, s'impose. La politique de contrôle devra être adoptée en liaison avec ceux-ci.

Tous les manquements des propriétaires constatés par l'ANAH devront être signalés aux CAF et aux services compétents de la DDE, en demandant à ceux-ci de procéder à la résiliation de la convention lorsque les manquements aux engagements constatés auront conduit au retrait de la subvention. A l'inverse, tout constat fait par les CAF ou les DDE de non respect des conventions devra être communiqué aux délégations.

Enfin, une démarche de la délégation auprès de la chambre départementale des notaires devrait vous conduire à présenter la politique générale et les actions de l'ANAH dans le département, et à sensibiliser vos interlocuteurs comme vous le demande la circulaire de programmation 2000, au nécessaire respect par les propriétaires de leurs engagements.

II - Suivi et évaluation du dispositif adopté

Après adoption de la charte, avant le 30 juin 2000, un bilan annuel portant sur l'évolution des modalités d'instruction et de contrôle devra être présenté à la CAH à la fin de chaque année.

Le bilan devra être détaillé et comporter des indications chiffrées sur les dossiers soumis à ces modalités particulières, il devra en outre préciser les cas dans lesquels des manquements auront été constatés et les procédures qui auront été mises en oeuvre.

Après examen par la CAH, qui pourra à cette occasion modifier et adapter les politiques arrêtées pour les rendre plus efficaces, ce bilan sera adressé à la Direction administrative de l'ANAH sous couvert du Directeur territorial.

Une synthèse annuelle des bilans sera élaborée et diffusée par la Direction administrative.

Le Directeur général,

 


PIERRE POMMELLET