Étude réalisée pour le compte de :
Agence Nationale pour la Participation des Employeur à l'Effort de Construction.

par :
Institut d'Aménagement et d'Urbanisme
de la région d'Ile-de-France
251 rue de Vaugirard - 75740 PARIS CEDEX 15

 
 

LE FONCTIONNEMENT DES RÉSERVATIONS LOCATIVES
AU TITRE DU 1% LOGEMENT

RÉSUME

Catherine TAISNE
Corinne RICHE
Olivier MANDON
                    Avril 1997
 

La participation des employeurs à l'Effort de construction - la PEEC ou "1 % logement" - joue un rôle important dans la constitution d'une offre de logements locatifs sociaux et intermédiaire permettant en retour d'effectuer des réservations de logements au bénéfice des salariés des entreprises cotisantes.

Mais ces dernières années ont connu des changements profonds concernant tant la réglementation du 1 % proprement dit, que les autres dispositifs régissant le financement du logement. En particulier, les baisses successives du taux de la participation1 et les différents prélèvements "volontaires" ou "obligatoires" opérés sur les fonds collectés orientés surtout vers l'accession à Ici propriété, ont réduit les disponibilités des entreprises et les capacités d'investissement des collecteurs dans le secteur locatif. Or, sur la même période, on a assisté à une certaine détente sur le marché immobilier, dans un contexte économique marqué par la montée du chômage maintenant un climat d'incertitude et d'attentisme chez les salariés.

L'objectif de la présente étude² est donc d'analyser les principales modifications des stratégies et pratiques mises en œuvre par les différents partenaires concernés - constructeurs. collecteurs et entreprises - dans le secteur locatif et dans leur politique plus générale, pour s'adapter à ces nouveaux contextes3. La démarche retenue a consisté à décrire une vingtaine d'opérations locatives neuves récemment livrées en région d'lle de France, où les problèmes liés au marché sont les plus accentués, sous l'angle de chacun des partenaires ; en d'autres termes ont été interrogés successivement les organismes constructeurs et gestionnaires de ces programmes, les collecteurs ayant participé à leur financement puis les entreprises disposant de réservations locatives attribuées à leurs salariés. Enfin. cette approche a été complétée par une analyse plus légère portant sur les agglomérations de Lyon et de Toulouse dont le marché immobilier est relativement moins tendu.

Cela permet alors de dégager ce qui est propre aux opérations étudiées et ce qui est généralisable à l'ensemble du processus de réservations locatives. tant en Ile de France qu'en province. et comment les comportements et pratiques des différents intervenants ont évolué au cours des dernières années.

Les entreprises

Dans le processus d'investissement-réservation, c'est la demande des entreprises, telle qu'elle est appréhendée directement ou interprétée et anticipée par les collecteurs. qui conditionne les investissements de fonds 1 % qui seront réalisés par les collecteurs dans les opérations montées par les constructeurs.

Pour les entreprises. les principales évolutions, déjà discernables depuis plusieurs années. mais accentuées avec la baisse de la participation, conduisent à

  • un renforcement des politiques de prêts par rapport aux réservations locatives. justifiées en particulier par le coût élevé de ces dernières, notamment en Ile de France, mais aussi par les difficultés et contraintes rencontrées pour trouver les candidats répondant aux critères réglementaires ou propres aux gestionnaires.

  • un recentrage vers la satisfaction des besoins urgents ou les cas sociaux, donc ponctuels, notamment liés aux dislocations familiales, à l'endettement, etc.

  • moins de réservations de PLI, correspondant à une population de salariés plus aisés
  • davantage de réservations en droits uniques an détriment des réservations en droits de suite, notamment sur 20 ans,

  • des réservations plus tardives, les entreprises attendant la livraison du programme, voire la signature du bail par le salarié, pour s'engager.

  • une volonté de réduire le coût, et donc de négocier le montant des apports avec les collecteurs, notamment de la part des entreprises plus importantes.

Enfin, si d'une, façon générale les entreprises se déclarent satisfaites du système du 1% qui constitue un élément important de leur politique sociale, cet attachement est davantage lié à la liberté d'utilisation qu'elle leur confère par rapport à un Impôt ou une taxe. C'est bien dans ce sens que les nouvelles mesures annoncées en matière de prélèvements sur les fonds sont mal acceptées : autant supprimer la participation complètement qu'en faire une fiscalisation supplémentaire.

Les collecteurs

Les collecteurs, rappelons-le. ont pour objectif. en contrepartie de leurs investissements, d'acquérir des droits de réservation dans le patrimoine des constructeurs, pour le compte de leurs mandataires - les entreprises - soit directement, soit en anticipant sur la demande.

Pour les collecteurs, la baisse des disponibilités des entreprises et l'évolution de la demande vers les DU ou DS de durées réduites conduisent à des difficultés croissantes pour "couvrir" les investissements réalisés les années antérieures et donc à reconstituer leurs capacités de financement ultérieures. Ceci les conduit à rechercher :

  • à réduire le montant de l'investissement par logement réservé.
  • à accélérer la rotation de leurs fonds, par une réduction de la durée des prêts et surtout celle des différés d'amortissement, voire leur suppression, et, dans certains cas, par l'augmentation des taux d'intérêt.

  • à remplacer le préfinancement par un déblocage progressif des fonds à l'ouverture du chantier et au fur et à mesure de son avancement, voire même à la livraison du programme.

  • une plus grande sélectivité des programmes. Cela correspond aussi à une évolution de la demande des salariés devenant plus exigeants quant à la qualité des opérations, et notamment à leur localisation et leur environnent. et au niveau des loyers et charges.

De ce fait les collecteurs sont davantage consultés en amont du montage d'une opération par les constructeurs, et leur avis, basé davantage sur les techniques de pré-commercialisation comme pour les programmes destinés à la vente, devient ainsi de plus en plus déterminant dans la décision de lancer oui non une opération.

Enfin, certains collecteurs sont même enclins à se retirer de l'investissement locatif pour ne conserver qu'un rôle d'intermédiaire, n'envisagent d'investir et de réserver des logements que pour répondre à des demandes spécifiques des entreprises sans prendre des risques pour anticiper sur la demande en se constituant un patrimoine réservé.

Toutefois, ces négociations entre constructeurs et collecteurs dépendent bien entendu des rapports de force existants. et notamment de la nature des liens qu'ils entretiennent.

Les constructeurs

Les constructeurs sont concernés dans le processus de financement-réservation de logements locatifs à un double titre. En tant que maîtres d'ouvrages, ils cherchent à mobiliser des fonds du 1 % pour financer leur activité de construction (et de réhabilitation) et en assurer l'équilibre d'exploitation ultérieur, et cela d'autant plus que l'équilibre global des organismes tend à se dégrader en raison de la faible progression des loyers face à des charges en augmentation. En tarit que gestionnaires d'un patrimoine locatif ils se doivent de satisfaire la demande de clientèles diverses, les salariés des entreprises n'étant qu'une des composantes des populations à loger.

L'évolution des comportements des collecteurs tant au niveau de leur plus grande sélectivité des programmes que des conditions financières de leur intervention a sensiblement modifié les rapports de force entre les constructeurs et les collecteurs ; ceux-ci apparaissent de plus cri plus à l'avantage des collecteurs et au détriment des maîtres d'ouvrage. Ainsi, il y a quelques années encore, c'était plutôt les collecteurs qui démarchaient les constructeurs à la recherche de logements à réserver ; au aujourd'hui ce sont plutôt les constructeurs qui recherchent des financements 1 % et qui sollicitent les collecteurs

Les stratégies développées par les constructeurs pour répondre à cette nouvelle situation passent par :

  • la mobilisation d'autres financements privilégiés tels que les aides des collectivités territoriales ou les fonds des principales administrations publiques4 l'optimisation de l'ensemble des moyens financiers disponibles et une meilleure utilisation des fonds propres.

  • une réduction du prix de revient et une modification de la composition des programmes, dont en particulier la diminution de la surface des logements. dans un souci de réduire le loyer et les charges pour les locataires. Ceci répond en outre à un double objectif d'améliorer la solvabilité potentielle des ayants droits, compte tenu des plafonds de ressources et de conserver l'attractivité des loyers du secteur social par rapport au secteur libre, plus particulièrement dans certaines agglomérations de province connaissant un marché du logement plus détendu.

  • une réduction de leur activité de construction locative et un recentrage sur la réhabilitation de leur patrimoine ; les mesures prises pour 1997 et 1998 ne pourront qu'accentuer et généraliser ce phénomène5. Soulignons cependant que la diminution de la construction est aussi unie conséquence de la baisse progressive des budgets de l'État en matière de financements PLA, et de la politique visant le renforcement des PLA-TS qui concernent davantage les programmes d'acquisition-amélioration que les programmes neufs ; c'est vrai aussi qu'ils sont en partie financés sur les fonds du " 1/9è" et du "9 % insertion" mais sur lesquels les entreprises n'ont guère de prise.

Le mécanisme des attributions

Les évolutions sont également sensibles dans le domaine des attributions et de la gestion du parc locatif :

  • plus grande attention à la fois au respect des plafonds de ressources réglementaires et à la solvabilité potentielle des candidats par les commissions d'attribution .

  • plus d'attention portée aux problèmes d'équilibre de peuplement, notamment face à l'appauvrissement assez général des candidats .

  • plus grande exigence cri matière de délais à respecter par les réservataires pour trouver un candidat afin de réduire la vacance et ne pas perdre des recettes nécessaires à l'équilibre financier.

  • nouveaux moyens de recherche de candidats (presse. inscriptions libres. etc.).

De leur côté. les collecteurs sont conduits à :

  • une pré-sélection des candidats plus rigoureuse afin d'éviter les rejets.
  • rendre plus souvent des logements au bailleur pour un tour, voire plus définitivement, notamment dans certains secteurs

  • la mise en œuvre par certains de méthodes de qualification de leur patrimoine réservé afin de mieux définir leur politique à l'égard des fractions du parc à conserver ou au contraire à abandonner.

Une concurrence exacerbée

Tout le processus de réservations locatives s'inscrit dans un contexte de marché et de concurrence entre les différents intervenants. Entre les Cil pour lesquels l'offre de logements locatifs devient un des moyens majeurs pour attirer les entreprises et lotir collecte : entre les constructeurs qui cherchent à mobiliser les fonds 1% nécessaires pour financer les opérations neuves mais aussi les opérations de réhabilitation du patrimoine existant. Ce climat de concurrence, déjà ancien, est au aujourd'hui exacerbé avec les mesures prises récemment en matière de 1 % et qui conduisent à une nouvelle baisse des capacités d'investissement.

En réponse, les Cil cherchent :

  • à limiter les transferts de fonds vers d'autres collecteurs et conserver la collecte en fidélisant les entreprises adhérentes.

  • à développer de nombreux services complémentaires allant de services d'information générale sur le logement, à la mise en place d'une activité bancaire plus classique ou de services proches des agences immobilières avec recherche de logements locatifs hors 1%.

  • des rapprochements plus récents entre collecteurs passant par le développement plus fréquent des pratiques de "tours de table" en matière d'investissement-réservations et la mise en place d'outils communs pour faciliter le placement des logements auprès des entreprises par exemple ;

  • des fusions opérées6 dans l'optique de consolider des positions acquises et/ou de favoriser des complémentarités d'activités ou géographiques.

  • le renforcement des politiques de groupes comprenant à la fois des collecteurs et leurs filiales de construction, Hlm et non Hlm, et le recentrage des financements sur les seules opérations du groupe
  • des rapprochements entre collecteurs et constructeurs avec la signature de conventions globales de financement ou des regroupements tels des Groupements d'Intérêts Économique (GIE) par exemple.

Les nouvelles mesures prises récemment pourraient accentuer ces regroupement et concentrations, modifiant sensiblement le paysage des constructeurs et collecteurs en France.


  1. Le taux de la contribution, assise sur la masse salariale  des entreprises employant plus de dix salariés, était de 1% à l'origine, et a été progressivement réduit à 0,65% en 1989 puis à 0,45% en 1992   (retour au texte)

  2. Elle fait suite à une première étude réalisée en 1989 par l'IAURIF : "Le 1% logement et les réservations locatives"  (retour au texte)

  3. Notons cependant que l'étude n'a pas porté spécifiquement sur les mesures prises au cours du dernier trimestre 1997 (réforme du financement PLA, contribution exceptionnelle du 1% au Fonds d'accession à la propriété, transformation de l'UNIL en UES, etc.) et qui n'étaient encore qu'esquissées lors de nos entretiens avec les différents interlocuteurs.  (retour au texte)

  4. Telles que le Fonds d'Aménagement pour la Région d'Ile de France (FARIF)  (retour au texte)

  5. Les collecteurs eux-mêmes s'interrogent aujourd'hui sur leurs capacités à respecter les engagement de financement qu'ils ont pris, et sur le nécessité éventuelle de renégocier avec les constructeur leur participations aux programmes en cours ou en projet.  (retour au texte)

  6. Les fusions et regroupement de collecteur ont été réalisés de tout temps, notamment pour se conformer aux exigences réglementaires (collecte et nombre d'entreprises adhérentes) ou pour reprendre des organismes en difficultés financières.  (retour au texte)